Oración , Preghiera , Priére , Prayer , Gebet , Oratio, Oração de Jesus

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CATECISMO DA IGREJA CATÓLICA:
2666. Mas o nome que tudo encerra é o que o Filho de Deus recebe na sua encarnação: JESUS. O nome divino é indizível para lábios humanos mas, ao assumir a nossa humanidade, o Verbo de Deus comunica-no-lo e nós podemos invocá-lo: «Jesus», « YHWH salva» . O nome de Jesus contém tudo: Deus e o homem e toda a economia da criação e da salvação. Rezar «Jesus» é invocá-Lo, chamá-Lo a nós. O seu nome é o único que contém a presença que significa. Jesus é o Ressuscitado, e todo aquele que invocar o seu nome, acolhe o Filho de Deus que o amou e por ele Se entregou.
2667. Esta invocação de fé tão simples foi desenvolvida na tradição da oração sob as mais variadas formas, tanto no Oriente como no Ocidente. A formulação mais habitual, transmitida pelos espirituais do Sinai, da Síria e de Athos, é a invocação: «Jesus, Cristo, Filho de Deus, Senhor, tende piedade de nós, pecadores!». Ela conjuga o hino cristológico de Fl 2, 6-11 com a invocação do publicano e dos mendigos da luz (14). Por ela, o coração sintoniza com a miséria dos homens e com a misericórdia do seu Salvador.
2668. A invocação do santo Nome de Jesus é o caminho mais simples da oração contínua. Muitas vezes repetida por um coração humildemente atento, não se dispersa num «mar de palavras», mas «guarda a Palavra e produz fruto pela constância». E é possível «em todo o tempo», porque não constitui uma ocupação a par de outra, mas é a ocupação única, a de amar a Deus, que anima e transfigura toda a acção em Cristo Jesus.
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quarta-feira, 6 de julho de 2011

La Puissance du Nom : La Prière de Jésus dans la Spirtualité Orthodoxe

Mgr Kallistos Ware
par Mgr Kallistos Ware
Évêque de Diokleia


I - PRIÈRE ET SILENCE
" Lorsque vous priez, a-t-il été dit avec sagesse par un écrivain orthodoxe de Finlande, votre "moi" doit se taire... Taisez-vous, et laissez la prière parler1. " Réaliser le silence : c'est de tout, le plus dur et le plus décisif dans l'art de la prière. Le silence n'est pas purement négatif - une pause entre des mots, un arrêt temporaire du discours - mais, bien compris, il est hautement positif : une attitude d'éveil attentif, de vigilance, et par-dessus tout, l'écoute. L'hésychaste, l'homme qui a atteint l'hésychia, paix et silence intérieurs, est par excellence celui qui écoute. Il écoute la voix de la prière de son propre coeur, et il comprend que cette voix n'est pas la sienne mais celle d'un Autre lui parlant au-dedans.
La relation entre prier et garder le silence deviendra plus évidente si nous considérons quatre courtes définitions. La première est tirée du Concise Oxford Dictionary qui décrit la prière comme : " ...une solennelle requête adressée à Dieu..., une formule utilisée pour prier ". La prière est ici envisagée comme quelque chose d'exprimer avec des mots et, d'une manière plus spécifique, comme un acte de demande à Dieu d'accorder quelque bienfait. Nous sommes encore au degré de la prière " extérieure " plutôt qu'au degré de la prière intérieure. Peu d'entre nous peuvent se sentir satisfaits d'une telle définition.
Notre deuxième définition, celle d'un starets russe du siècle dernier, est bien moins extérieure. " Dans la prière, dit l'évêque Théophane le Reclus (1815-1894), la chose principale est de se tenir devant Dieu avec l'intellect dans le coeur, et de continuer à s'y tenir sans cesse jour et nuit, jusqu'à la fin de la vie2. " Prier, défini de cette manière, n'est plus simplement demander des choses et peut assurément se faire sans aucun recours aux mots. Prier c'est se tenir devant Dieu, entrer dans une relation immédiate et personnelle avec lui ; c'est connaître à chaque niveau de notre être, depuis l'instinctif jusqu'à l'intellectuel, de l'inconscient à la fine pointe de la conscience, que nous sommes en Dieu et lui en nous. Pour assurer et approfondir nos relations personnelles avec les autres êtres humains, il n'est pas nécessaire d'être constamment en train de présenter des requêtes et d'utiliser des mots ; plus nous arrivons à nous connaître et à nous aimer les uns les autres, moins nous avons besoin d'exprimer verbalement notre attitude réciproque. Il en est de même dans notre relation personnelle à Dieu.
Dans ces deux premières définitions, l'accent est mis principalement sur ce que fait l'homme plus que sur ce que fait Dieu. Mais dans la relation personnelle de prière, c'est le partenaire.divin et non l'humain qui prend l'initiative et dont l'action est fondamentale. Ceci apparaît dans notre troisième définition empruntée à saint Grégoire le Sinaïte († 1346). Dans un texte minutieux où il entasse les épithètes les unes sur les autres dans son effort pour décrire la vraie réalité de la prière intérieure, il termine tout à coup avec une simplicité inattendue : " Pourquoi tant parler ? La prière, c'est Dieu qui fait tout en tous3. " " La prière c'est Dieu " - ce n'est pas quelque chose dont j'ai l'initiative, mais à quoi j'ai part ; ce n'est pas essentiellement quelque chose que je fais, mais que Dieu fait en moi : telle la phrase de saint Paul : " Non pas moi, mais Christ en moi " (Ga 2,20). Le chemin de la prière intérieure est indiqué exactement dans les mots de saint Jean Baptiste au sujet du Messie : " Il faut qu'il croisse et que je diminue " (Jn 3,30). C'est en ce sens que prier c'est être silencieux. Taisez-vous, et laissez la prière parler, - plus précisément, laissez Dieu parler. La vraie prière intérieure, c'est arrêter de parler et écouter la voix sans mots de Dieu dans notre coeur ; c'est cesser de faire les choses tout seul et entrer dans l'action de Dieu. Au commencement de la liturgie byzantine, quand les cérémonies préliminaires sont achevées et que tout est prêt désormais pour commencer 1'Eucharistie elle-même, le diacre s'approche du prêtre et dit : " Il est temps que le Seigneur agisse4. " Telle est exactement l'attitude du pratiquant non seulement à la prière eucharistique mais en toute prière, publique ou privée.
Notre quatrième définition, empruntée une fois encore à saint Grégoire le Sinaïte, indique avec plus de précision le caractère de cette action du Seigneur en nous : " La prière, dit-il, est la manifestation du baptême5. " L'action du Seigneur n'est pas, naturellement, limitée seulement aux baptisés : Dieu est présent et à l'oeuvre dans tous les hommes, en vertu du fait que chacun est créé à son image et ressemblance divine. Mais cette image a été obscurcie et voilée, bien que non totalement oblitérée, par le péché de l'homme. Elle est restaurée dans sa beauté première et sa splendeur par le sacrement de baptême, par lequel le Christ et le Saint-Esprit viennent demeurer dans ce que les Pères appellent " le tréfonds et la chambre secrète de notre coeur ". Pour une écrasante majorité, cependant, le baptême est quelque chose que l'on reçoit dans la première enfance, dont on n'a aucun souvenir conscient. Bien que le Christ du baptême et l'inhabitation du Paraclet ne cessent jamais d’être à l’oeuvre en nous, la plupart d’entre nous, sauf en de rares occasions, demeurent en fait inconscients de cette présence intérieure et de son action. La vraie prière, donc, signifie la redécouverte et la " manifestation " de cette grâce baptismale. Prier, passer de l'état où la grâce est présente dans nos coeurs secrètement et inconsciemment au point de pleine perception interne et de connaissance consciente en expérimentant et en " sentant " l’activité de 1'Esprit directement et immédiatement. Ainsi s'expriment saint Kallistos et saint Ignace Xanthopoulos (XIVe siècle) : " Le but de la vie chrétienne est de revenir à la grâce parfaite de 1'Esprit Saint, source de vie, qui nous a été donnée au commencement dans le divin baptême6. "
" Dans mon commencement est ma fin. " Le but de la prière peut se résumer dans ces mots : " Deviens ce que tu es. " Deviens, consciemment et activement, ce que tu es déjà potentiellement et secrètement, en vertu de ta création à l'image de Dieu et de ta re-création dans le baptême. Deviens ce que tu es : plus exactement, reviens à toi-même ; découvre-le, celui qui est déjà tien ; écoute-le, celui qui jamais ne cesse de parler en toi ; possède-le, celui qui même maintenant te possède. Voici le message de Dieu à quiconque veut prier : " Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais déjà trouvé. "
Mais comment allons-nous commencer ? Comment pouvons-nous apprendre à cesser de parler et à commencer à écouter ? Au lieu de simplement parler à Dieu, comment pouvons-nous faire nôtre la prière dans laquelle Dieu nous parle ? Comment devons-nous passer de la prière exprimée par des mots à la prière silencieuse, d'une prière " d'effort " à une prière " qui agit d'elle-même "7 (pour utiliser la terminologie de l'évêque Théophane), de " ma " prière à la prière de " Christ en moi " ? Un chemin pour qui veut entreprendre ce voyage intérieur est 1’Invocation du Nom.
II - « SEIGNEUR JÉSUS... »
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segunda-feira, 7 de fevereiro de 2011

La Puissance du Nom : La Prière de Jésus dans la Spirtualité Orthodoxe

 
Pour accomplir le voyage intérieur et atteindre à la vraie prière, il est nécessaire d'entrer dans ce centre absolu, c'est-à-dire de descendre de l'intellect dans le coeur. Plus exactement, nous sommes appelés à descendre non de mais avec l'intellect. Le but n'est pas seulement " la prière du coeur " mais " la prière de l'intellect dans le coeur ", car les formes conscientes de l'entendement, y compris la raison, sont un don de Dieu et doiventêtre utilisées à son service, non rejetées.La Puissance du Nom : La Prière de Jésus dans la Spirtualité Orthodoxe

par Mgr Kallistos Ware
Évêque de Diokleia



VII - INTÉRIORITÉ
L’invocation du Nom répétée, en unifiant davantage notre prière, la rend en même temps plus intérieure, plus une part de nous-mêmes - non pas quelque chose que nous faisons à des moments particuliers, mais quelque chose que nous sommes tout le temps ; pas un acte occasionnel mais un état continu. Une telle manière de prier devient vraiment la prière de l'homme tout entier prière dans laquelle les mots et la signification de la Prière sont pleinement identifiés avec celui qui prie. Tout ceci est bien exprimé par Paul Evdokimov (1901-1970) : " Dans les catacombes, l'image qui revient le plus souvent est la silhouette d'une femme en prière, l'Orante. Elle représente la seule vraie attitude de l'âme humaine. Ce n’est pas assez de posséder la prière : nous devons devenir prière incarnée. Ce n'est pas assez d'avoir des temps de prières : chaque acte, chaque geste, même un sourire, doit devenir une hymne d'adoration, une offrande, une prière. Nous devons offrir non ce que nous avons, mais ce que nous sommes36. C’est ce dont le monde a besoin pardessus toute autre chose : non de gens qui disent des prières avec plus ou moins de régularité, mais des gens qui sont " prière ".
Le genre de prière que Paul Evdokimov décrit ici peut être défini plus exactement comme " la prière du coeur ". Dans l'Orthodoxie, comme dans beaucoup d'autres traditions, la prière est généralement distinguée en trois catégories qu'il faut considérer comme des niveaux se mêlant les uns aux autres plutôt que comme des étapes successives : la prière des lèvres (prière vocale), la prière de l'intellect (prière mentale), la prière du coeur (ou de l'intellect dans le coeur). L’invocation du Nom commence, comme toute autre prière, comme une prière vocale, dont les mots sont prononcés avec la langue par un effort délibéré de la volonté. En même temps, encore une fois par un effort délibéré, nous concentrons notre intellect sur le sens de ce que dit notre langue.
Avec le temps et le secours de Dieu, notre prière devient plus intérieure. La participation de l'intellect devient plus intense et plus spontanée, tandis que les sons énoncés par la langue deviennent moins importants ; pour un moment, peut-être, ils cessent complètement et le Nom est invoqué en silence, sans aucun mouvement des lèvres, par l'intellect seul. Quand ceci se produit, c'est que nous sommes passés, par la grâce de Dieu, du premier niveau au second. Non que l'invocation orale cesse complètement, car il y aura des moments où, même les plus avancés dans la prière intérieure souhaiteront appeler le Seigneur Jésus à haute voix. (Et qui vraiment peut prétendre être avancé en prière intérieure ? Nous sommes tous des débutants dans les choses de 1'Esprit.)
Mais le voyage intérieur n'est pas encore achevé. Un homme est beaucoup plus que son esprit conscient ; outre son cerveau et ses capacités de raisonnement, il y a ses émotions et ses affections, sa sensibilité esthétique, en même temps que les couches instinctives de sa personnalité. Tout ceci a un rôle à jouer dans la prière, car l'homme en entier est appelé à prendre part à l'acte total de l'adoration. Comme une goutte d'encre qui tombe sur un buvard, l'acte de la prière devrait s'étendre régulièrement vers l’extérieur à partir du centre cérébral de la conscience et du raisonnement jusqu'à ce qu'il imprègne chaque partie de notre être.
En termes plus techniques, ceci signifie que nous sommes appelés à avancer du second niveau au troisième : de la prière de l'intellect à la prière de l'intellect dans le coeur. Le " coeur " dans ce contexte doit être compris au sens sémitique et biblique plutôt qu'au sens moderne, comme désignant non pas seulement les émotions et les affections, mais la totalité de la personne humaine. Le coeur est l'organe premier de l'être de l'homme, " le moi le plus profond et le plus vrai, qu'on n'atteint qu'a travers le sacrifice, à travers la mort37." Selon B. Vycheslavtsev, il est " le centre non seulement de la conscience mais de l'inconscient, non seulement de l'âme mais de l'esprit, non seulement de l'esprit mais du corps, non seulement de l'intelligible mais de l'incompréhensible ; en un mot, c’est le centre absolu38." Interprété de cette façon, le coeur est beaucoup plus qu'un organe matériel dans le corps : le coeur physique est un symbole extérieur des possibilités spirituelles sans limites de la créature humaine, faite à l'image et à la ressemblance de Dieu.
Pour accomplir le voyage intérieur et atteindre à la vraie prière, il est nécessaire d'entrer dans ce centre absolu, c'est-à-dire de descendre de l'intellect dans le coeur. Plus exactement, nous sommes appelés à descendre non de mais avec l'intellect. Le but n'est pas seulement " la prière du coeur " mais " la prière de l'intellect dans le coeur ", car les formes conscientes de l'entendement, y compris la raison, sont un don de Dieu et doivent être utilisées à son service, non rejetées. Cette " union de l'intellect avec le coeur " signifie la restauration de la nature déchue et fragmentée de l'homme, sa restitution dans son unité originelle. La prière du coeur est un retour au Paradis, un mouvement inverse de la Chute, le recouvrement du status ante peccatum. Ceci signifie que c'est une réalité eschatologique, un gage et une anticipation de l'âge à venir - quelque chose qui, dans l'âge présent, n’est jamais pleinement ni entièrement réalisé.
Ceux qui, bien qu'imparfaitement, ont réalisé dans une certaine mesure " la prière du coeur ", ont commencé à faire la transition dont nous avons parlé plus haut - la transition de la prière " d'effort " à la prière " qui agit d'elle-même ", de la prière que je dis à la prière qui " se dit elle-même " ou, plutôt, que Christ dit en moi. Car le coeur a une double signification dans la vie spirituelle : c'est à la fois le centre de l’être de l'homme et le point de rencontre entre l'homme et Dieu. C'est à la fois le lieu de la connaissance de soi où l'homme se voit lui-même comme il est vraiment, et le lieu de la transcendance du moi où l'homme comprend sa nature comme un temple de la Sainte Trinité, où l'image se confronte avec 1'Architype. Dans " la chambre intérieure " de son propre coeur il trouve le fondement de son être et ainsi passe la frontière mystérieuse entre le Créé et 1'Incréé. " Il y a des profondeurs incommensurables dans le coeur, affirment les Homélies de Macaire... Dieu est là avec les anges, lumière et vie sont là, le royaume et les apôtres, les cités célestes et les trésors de grâce : tout est là39. " La prière du coeur, donc, désigne le point où " mon " action, " ma " prière, s'identifie explicitement avec l'action continuelle d'un Autre en moi. Ce n'est plus la Prière à Jésus, mais la Prière de Jésus lui-même. Ce passage de la prière " d'effort " à la prière " qui agit d'elle-même " est décrit d'une manière frappante dans les Récits d'un pèlerin russe : " Un matin de bonne heure, je fus comme réveillé par la Prière40. " Jusque-là le pèlerin " disait la Prière " ; maintenant il découvre que la Prière " se dit d'elle-même ", même quand il est endormi, car elle est unie à la prière de Dieu en lui.
Les lecteurs des Récits d'un pèlerin russe peuvent avoir l'impression que ce passage de la prière vocale à la prière du coeur se fait aisément, presque d'une manière mécanique et automatique. Le pèlerin, semble-t-il, parvient à la prière " qui agit d'elle-même " en quelques semaines. Il faut faire remarquer que son expérience, bien qu'elle ne soit pas unique41, est tout de même exceptionnelle. Plus généralement, la prière du coeur n’apparaît, si elle le fait, qu'après une vie entière d'effort ascétique. C'est le libre don de Dieu, accordé quand et comme il le veut, et non le résultat inévitable de quelque technique. Saint Isaac le Syrien (VIIe siècle) souligne l'extrême rareté du don quand il dit : " à peine un sur dix mille est mis au nombre de ceux qui sont dignes du don de la prière pure ", et il ajoute : " Quant au mystère qui se trouve au-delà de la prière pure, c'est à peine si l'on peut trouver un seul homme par génération qui ait approché de cette connaissance de la grâce de Dieu42. "
Un sur dix mille, un par génération : quoique dégrisés par cet avertissement, nous ne devrions pas indûment nous décourager. Le chemin vers le royaume intérieur s’ouvre devant tous et tous également y voyagent quelque peu. Dans l'âge présent, peu de gens expérimentent avec quelque plénitude les mystères les plus profonds du coeur, mais beaucoup reçoivent d'une manière plus humble et plus intermittente de vraies intuitions de ce que signifie la prière spirituelle. 

DE:http://www.pagesorthodoxes.net/coeur/puissancedunom

quarta-feira, 2 de fevereiro de 2011

La Puissance du Nom : La Prière de Jésus dans la Spirtualité Orthodoxe

 

II - « SEIGNEUR JÉSUS... »
Ce n'est naturellement pas le seul chemin. Aucune relation authentique entre personnes ne peut exister s'il n'y a pas une liberté et une spontanéité réciproques, et ceci est vrai en particulier de la prière intérieure. Il n'y a pas de règles fixes et invariables, imposées nécessairement à ceux qui cherchent à prier ; il n'y a pas non plus de technique mécanique, soit corporelle, soit mentale qui puisse forcer Dieu à manifester sa présence. Sa grâce est toujours accordée comme un don gratuit et ne peut être gagnée automatiquement par une méthode ou une technique. La rencontre entre Dieu et l'homme dans le royaume du coeur est donc marquée par une inépuisable variété de modèles. Il y a des maîtres spirituels de l'Église orthodoxe qui parlent très peu ou pas du tout de la Prière de Jésus8. Mais, même si elle ne jouit pas d'un monopole exclusif dans le domaine de la prière intérieure, la Prière de Jésus est devenue pour de très nombreux chrétiens orientaux à travers les siècles le chemin type, la voie royale. Et pas seulement pour les chrétiens orientaux9 : dans la rencontre entre l'Orthodoxie et l'Occident qui s'est produite depuis les dernières années, il n'y a probablement aucun élément de l'héritage orthodoxe qui ait provoqué un intérêt aussi intense que la Prière de Jésus, et aucun livre n'a exercé une plus grande séduction que les Récits d'un pèlerin russe. Ce livre énigmatique, pratiquement inconnu dans la Russie prérévolutionnaire, a eu un surprenant succès dans le monde non orthodoxe. Depuis les années vingt il a été publié une grande diversité de langues10. Les lecteurs de J.D.Salinger se rappelleront le choc que produisit sur Franny " ce petit livre, relié de toile couleur de petits pois10bis "
En quoi, demandons-nous, résident la séduction particulière et l'efficacité de la Prière de Jésus ? Peut-être avant tout en quatre points : premièrement, dans sa simplicité et sa souplesse ; deuxièmement, dans son caractère complet ; troisièmement, dans la puissance du Nom ; et quatrièmement, dans la discipline spirituelle de la répétition persévérante. Reprenons ces points dans l'ordre.
III - SIMPLICITÉ ET SOUPLESSE
L'Invocation du Nom est une prière d'une très grande simplicité, accessible à tout chrétien, mais elle conduit en même temps aux plus profonds mystères de la contemplation. Quiconque se propose de dire la Prière de Jésus pendant de longues périodes de temps chaque jour - et, encore plus, quiconque voudrait avoir recours au contrôle de la respiration et à d'autres exercices physiques en relation avec la Prière - a sans doute besoin d'un starets, d'un guide spirituel expérimenté. De tels guides sont extrêmement rares de nos jours. Mais ceux qui n'ont pas de contact personnel avec un starets peuvent tout de même pratiquer la Prière sans aucune crainte, aussi longtemps qu'ils le font pour des périodes limitées - au début, pas plus de dix à quinze minutes à la fois - et aussi longtemps qu'ils n'essaient pas d'intervenir dans les rythmes naturels du corps.
Aucune connaissance spécialisée, aucune formation particulière n'est requise avant de commencer la Prière de Jésus. Pour le débutant, c'est assez de dire : commencez simplement. " Pour marcher, il faut faire un premier pas ; pour nager, il faut se jeter à l'eau. C'est la même chose pour 1'Invocation du Nom. Commence à le prononcer avec adoration et amour. Adhères-y. Répète-le. Ne pense pas que tu es en train d'invoquer le Nom ; pense seulement à Jésus lui-même. Dis son Nom lentement, doucement et tranquillement11.
La forme extérieure de la Prière est apprise aisément. Fondamentalement, elle consiste en ces mots : " Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi. " Il n'y a pas là, cependant, une stricte uniformité. La formule verbale peut être raccourcie, nous pouvons dire : " Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi ", ou " Seigneur Jésus "·, ou même " Jésus " seulement, bien que cette dernière formule soit moins répandue. Inversement, la formule peut être allongée en ajoutant " pécheur " à la fin, soulignant ainsi son aspect pénitentiel. Quelquefois une invocation à la Mère de Dieu ou aux saints y est insérée. Le seul élément essentiel et invariable est l'inclusion du Nom divin " Jésus ". Chacun est libre de découvrir à travers son expérience personnelle la formule particulière qui répond le plus étroitement à ses besoins. La formule précise employée peut naturellement varier de temps en temps, aussi longtemps que cela n'arrive pas trop souvent : car, comme nous en avertit saint Grégoire le Sinaïte : " Les arbres qui sont souvent transplantés n'ont pas de racines12. "
Il y a une souplesse identique en ce qui concerne les circonstances extérieures dans lesquelles la Prière est récitée. On peut distinguer deux manières d'utiliser la Prière, la manière " libre ", et la manière " formelle ". L'usage libre désigne la récitation de la Prière quand nous sommes occupés à nos activités habituelles durant le jour. Elle peut être dite, une fois ou plusieurs fois, dans des moments dispersés qui, autrement, seraient spirituellement gaspillés : quand nous sommes occupés à des tâches familières ou semi-automatiques, telles que s'habiller, se laver, raccommoder des chaussettes ou bêcher son jardin ; quand on marche ou qu'on conduit, quand on attend un bus en faisant la queue ou dans un embouteillage ; dans un moment de calme avant une entrevue spéciale ou difficile ; quand on ne peut dormir, ou avant d'avoir émerger à la pleine conscience au réveil. Une partie de la valeur remarquable de la Prière de Jésus réside précisément dans le fait que, en raison même de sa simplicité radicale, on peut la dire dans des conditions où des formes plus complexes de prière ne sont pas praticables. Elle est particulièrement secourable dans les moments de tension et de profonde angoisse.
Cet usage " libre " de la Prière de Jésus nous rend capables de combler le vide qui existe entre nos temps " forts " de prière - soit les offices de l'Église, ou seuls dans notre chambre - et les activités normales de la vie quotidienne. " Priez sans cesse ", insiste saint Paul (1 Th 5,17) : mais comment est-ce possible puisque nous avons beaucoup d'autres choses à faire également ? L'évêque Théophane indique la vraie méthode dans sa maxime : " Les mains au travail, l'intellect et le coeur avec Dieu13. " La Prière de Jésus, devenant avec la répétition fréquente presque habituelle et inconsciente, nous aide à nous tenir en la présence de Dieu partout où nous sommes - non seulement dans le sanctuaire de la solitude, mais à la cuisine, à l'atelier, au bureau. Ainsi devenons-nous semblables à Frère Laurent qui " était plus uni à Dieu dans ses activités ordinaires que dans les exercices religieux ". " C'est une grande illusion, remarquait-il, d'imaginer que le temps de la prière devrait être différent de tout autre moment, car nous avons autant l'obligation d'être unis à Dieu par le travail au temps du travail que par la prière au temps de la prière.14 "
Cette " libre " récitation de la Prière de Jésus est complétée et renforcée par l'usage " formel ", quand nous concentrons toute notre attention à dire la Prière à l'exclusion de toute activité extérieure. Ici encore, il n'y a pas de règles rigides, mais variété et souplesse.
Aucune posture particulière n'est essentielle. Dans la pratique orthodoxe, la Prière est le plus couramment récitée assis, mais on peut aussi la dire debout ou à genoux - et même, dans des cas de faiblesse corporelle ou de fatigue physique - couché. Elle est normalement récitée dans l'obscurité complète ou avec les yeux fermés, et non avec les yeux ouverts devant une icône illuminée par des cierges ou une lampe votive. Le starets Silouane du Mont Athos (1866-1938), quand il disait la Prière, avait coutume d'enfermer son réveil dans une armoire de façon à ne pas entendre son tic-tac, puis il tirait sur ses yeux et ses oreilles son capuchon de moine, épais et laineux15.
L'obscurité, cependant, peut avoir un effet soporifique ! Si nous somnolons assis ou à genoux en récitant la Prière, alors nous devrions nous lever pour un moment, faire le signe de croix à la fin de chaque Prière, et nous incliner à partir de la taille en un profond salut, touchant le sol des doigts de la main droite. Nous pouvons même faire la prostration chaque fois en touchant le sol de notre front. Quand nous récitons la Prière assis, nous devrions nous assurer que la chaise n'est pas trop confortable ; de préférence, elle ne devrait avoir ni accoudoirs ni dossier. La Prière peut aussi être récitée debout les bras en croix.
Un chapelet ou rosaire (komvoschoinion, ou tchotki, normalement avec cent noeuds, est souvent employé en relation avec la Prière, non pas d'abord pour compter le nombre de fois où elle est répétée, mais plutôt pour aider à la concentration et à l'établissement d'un rythme régulier. La mesure quantitative, soit avec un chapelet ou d'autres manières, n'est pas encouragée. Il est vrai que, dans la première partie des Récits d'un pèlerin russe, un fort accent est mis par le starets sur le nombre précis de fois où quotidiennement il faut dire la Prière : trois mille fois, augmentant jusqu'à six mille et ensuite douze mille. Le pèlerin reçoit l'ordre d'en dire un nombre exact, ni plus ni moins. Une telle attention portée à la quantité est tout à fait inhabituelle. Il est possible qu'ici ce ne soit pas la simple quantité qui soit en question mais l'attitude intérieure du pèlerin : le starets souhaite mettre à l’épreuve son obéissance et son empressement à observer sans dévier la règle établie. Plus caractéristique est l'avis de l'évêque Théophane : " Ne t'inquiète pas du nombre de fois où tu dis la Prière. Que ton seul souci soit qu'elle jaillisse de ton coeur avec la force vivifiante d'une fontaine d'eau vive. Chasse entièrement de ton esprit toute pensée de quantité16. "
La Prière est quelquefois récitée en groupe, mais plus communément seul ; les mots peuvent être dits à haute voix ou silencieusement. Dans l'usage orthodoxe, quand on la dit à haute voix, elle est plutôt parlée que chantée. Il ne doit y avoir rien de forcé ni de recherché dans la récitation. Les mots ne doivent pas être formés avec un accent exagéré ou une violence interne, mais la Prière devrait établir elle-même son propre rythme et son accentuation, de telle sorte qu'elle en arrive à chanter en nous en vertu de la mélodie qui lui est intrinsèque. Le starets Parfenii de Kiev comparait le mouvement coulant de la Prière au doux murmure d'un ruisseau17.
Dans tout cela on peut voir que 1'Invocation du Nom est une prière pour tous les temps. Chacun peut l'utiliser, partout et toujours. Elle convient au débutant aussi bien qu'à celui qui a plus d'expérience ; on peut la dire en compagnie d'autres personnes ou seul ; elle est également appropriée au désert ou en ville, au milieu d'une tranquillité recueillie ou dans le tapage et l'agitation la plus grande. Elle n'est jamais déplacée. 

DE:http://www.pagesorthodoxes.net/coeur/puissancedunom.htm